AU BON VIEUX TEMPS DES FRONTIERES

03/05/2010

Avant il y avait du monde sur la route, et ça brassait dans les restos routiers. L’ambiance y était plus joyeuse. On se mettait pas à table avant que chacun ait payé ses 2 tournées de pastis – on boit plus de pâtis. C’est trop alcoolisé. Après on peut plus boire à table. C’est pour ça que tout le monde est au kir. – et les bouteilles tournaient sur la table. Pas des carafes qu’on abandonne à moitié pleine.

Avant les filles servaient en string et les mecs faisaient des concours de grande gueule. Ça parlait fort. ça se battait pour un rien. Ça avait de la vie.

Avant avec les frais de route tu touchais pas au salaire. Ce que tu gagnais, tu le gardais pour la maison. Les restos étaient moins chers et les boîtes regardaient moins à la dépense. Ça a bien changé.

Avant les routiers risquaient leur vie sur la route. Ils étaient payés pour ça. Ils pouvaient rouler toute une semaine sans dormir, ils tenaient au stupéfiant ou à l’alcool. Ça le faisait. Autour de l’apéro, les mecs rivalisaient d’exploits incroyables : les pires routes, les pires distances, les pires dangers.

Avant en Sicile, on t’attaquait au fusil, en Espagne fallait pas quitter son camion, même pour aller pisser. On se relayait… Maintenant, au pire on te fait une entaille dans la toile pour voir si t’as rien de précieux. Si, y’a le transport de pneus qui craint encore un peu. Et puis certaines fins de mois où les gens on assez faim pour faire l’effort de visiter la remorque.

Avant, y’avait pas les autoroutes, un flic derrière chaque pilier, l’œil collé sur le viseur du flash, pour contrôler tes distances de sécurité. Y’a même pas tout ce balisage au sol. Dans le brouillard t’avais vite fait de te retrouver dans le bas côté.

Avant quand tu faisais de la citerne, les pesages étaient moins précis. J’ai rencontré un mec qui s’est payé sa maison en transportant du vin. Il en détournait chaque fois qu’il chargeait ou déchargeait. Il vendait ça au black.  Il en remplaçait une partie par de l’eau (on peu plus faire ça, maintenant ils contrôlent la concentration à la livraison). Ça marchait aussi avec l’essence. Dans les années 70 surtout. Elle est chouette sa maison qu’il me dit, mais il doit refaire l’isolation et il sait pas comment faire…

Avant c’était pas l’ordinateur qui contrôlait les horaires de roulage, la vitesse, les pauses etc…C’était le “cahier de menteur”(à remplir à chaque arrêt. On le faisait au crayon pour adapter en fin de semaine)  et le contrôlographe plus facile à bricoler qu’un compteur EDF. Ça avait plus de poésie. De ce temps là les clients étaient habitués. Ils savaient qu’on arriverait quand on arriverait. Pas moyen de nous joindre en route, pas de GPS pour dire où on en était, pas de téléphone…  Tout le monde était plus détendu au fond.

Avant les mecs allaient aux putes. Ils gagnaient mieux leur vie, ne comptant pas les heures, prenant plus de risques etc… Ils avaient du fric à dépenser. Maintenant il y a plus que les VRP et un peu les mecs de la ville d’à côté.

Avant tu pouvais traverser l’Europe. Maintenant c’est les Roumains qui le font pour moins de 600 € par mois. Il y en a même qui ont pas le permis. Leur truc, c’est de conduire en train de camions. Sur les 7 ou 8 camions seuls les 2 premiers chauffeurs ont le permis. Peu de chance que les flics les contrôlent tous, ils arrêtent les premiers. Les suivants les attendant à la prochaine aire. Avant c’était les Français qui étaient malins.

Avant les camions étaient moins confortables. Le premier siège sur coussin d’air c’était une révolution.D’ailleurs souvent les progrès des véhicules particulier sont de série plusieurs années avant dans les camions. Mais avant on pouvait les décorer comme on voulait. Maintenant, tu peux te prendre un PV pour un fanion sur le pare-brise.

Avant on pouvait passer 8 jours coincé à la frontière. Il se passait quelque chose, tous ces camions venus de toute l’Europe à attendre sous le soleil avec la cargaison qui en peut plus d’avoir chaud !

Avant, en Croatie et même au Portugal, tu te retrouvais sur des chemins pas faits du tout pour passer en voiture. Mais pas le choix, fallait passer avec le semi. Il y avait un endroit au Portugal ou le gars dans le village devait démonter sa porte pour que le camion puisse tourner. Chaque fois qu’un camion passait, il apportait tournevis et escabeau et il se mettait à l’ouvrage. Il ne parlait que Portugais. Ça prenait un certain temps. Personne n’était vraiment pressé.

“C’était mieux avant. C’était plus dur, plus dangereux, plus fou, plus vivant aussi. Avant on était des aventuriers, on est devenu des ouvriers délocalisés. Avant on était fier d’être routier. C’était quelque chose…”  C’est ce que m’ont dit mes interlocuteurs devant leur ½ de vin de pays à peine entamé. Sans doute les 2 kirs embellissaient ils un peu les souvenirs.

2 réponses à “AU BON VIEUX TEMPS DES FRONTIERES”

  1. stephanie a dit

    tu parles du bon vieu temps et tu le date du 03/05/2010……le temps passe les souvenirs reste Bruno va bien il roule roule roule et moi je ne tourne pas! la vie n’est qu’un grand mouvement!!!!

  2. stephanie a dit

    et mon message est daté du 03/18/2010!!!!!j’ai peur la vie va trop vite

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