LE GARAGE

02/09/2010

Qui dit accident, dit réparation. D’autant qu’un camion balafré, ça fait pas chic pour la compagnie. Nous voici chez Scania Le Mans, crachin froid et temps à perdre. Le ciel s’éclaircira, le temps sera perdu.

Moi j’aurais préféré aller à la direction générale de Breger. Ils y ont de grands ateliers et plusieurs ouvriers maisons qui assurent en permanence l’entretien de la flotte. Paraît que ça en jette, que ça vaut le détour… Pas aux yeux de Breger, on est allé au plus près.

En zone industrielle, une grande concession, vente et atelier de tracteurs. Dans la “rue”, 2 autres vendeur de camion et 2 transporteurs. Qui se ressemble s’assemble.

A l’accueil où on attend que le chef d’atelier nous reçoive – il sait notre venue par son homologue Breger – je regarde la vitrine d’objets souvenirs : porte-clefs, briquets, fanion, écharpe, serviette de toilette, thermos, camion miniature… tout est logotés SCANIA. Hé ! Quand on aime son camion, c’est pas à moitié. Moi, sincèrement, Ces camions je les avais jamais remarqués. DAF, Mercedes, Berlier, Renault oui… Mais Scania ?… Maintenant, je les vois. Il y en a pas mal. Je repère même les concessionnaires… Scania serait elle plus contagieux que la grippe A ? Là, devant la vitrine, je m’interroge : des housses de siège Scania, ça ferait pas cake sur ma Clio, non ? Je pourrais prendre une lampe torche pour muser les gosses… Ou bien un truc pour ma copine !?… Vous allez me dire, je pourrais aussi ne rien prendre du tout. Mais soyons réalistes : ça fait 4 jours qu’on est sur les routes, pas une boutique, pas un magasin… Cette vitrine est ma seule chance de défouler cette pulsion du XX° siècle : l’achat. Je prends un porte-clef pour Bruno, il en avait pas pour son camion.

Enfin on va à l’atelier. Un grand volume de tôle où même les camions paraissent un peu paumés. Il y en a bien 6 ou 7 de front, en réparation. Un problème de carrosserie, un vieil engin en révision, un autre ouvert comme un Transformer (ou un couteau suisse (en plus gros), une fourgonnette Renault qu’on repeint – oups ! – …  Bref, ça s’active.

Mais nous, on n’est pas sortis d’affaire.

C’est que le chef d’atelier est du genre à vouloir tout contrôler en même temps. La révision du tracteur près à la vente, le transvasage depuis réservoir la ruine qui s’est couchée sur le bas côté – une épaisse couche de boue et d’herbe le recouvre. Celui-la, il a dû laisser sa trace dans le paysage.– la carrosserie de notre engin et par la même occasion la reprogrammation du moteur – un défaut de fabrication qu’il vaut mieux prévenir, ça prendra 5 minutes – le polissage d’une porte cabossée et la peinture aux couleur d’un transporteur d’un tracteur flambant neuf, et encore deux trois autres trucs au téléphone… Il s’active, il s’agite, il peine… et nous on attend.

Ça me laisse le temps de traîner dans le “l’ossuaire” derrière l’atelier. Y dorment des engins que Bruno me montre avec excitation, des Renault des années 60, 70, son premier DAF tout petit mais quand même avec une couchette, et quelques Scania bien usés. Dans l’un d’eux, pourtant bien décati, il y a encore un sapin accroché au pare brise.

Les gens qui bossent avec les camions sont souvent des passionnés. Ils aiment les vieux engin à retaper un jour, collectionnent les miniatures, font customiser leurs remorques de motifs de tigre et de blonde pulpeuse… Pour les miniatures (au 1/43°), je vous conseille le site d’Olivier, le boss de Breger (http://globetroter85.skyrock.com/). Ça donne une idée de l’obsession. Franchement, est-ce que je regarde la TV moi après ma journée à écrire des scénarii !?… Euh, oui en fait !

Bon, ça y ‘est, on s’est occupé de nous. Pour la carrosserie, on ne peut rien faire dans l’immédiat. Faudra revenir quand les pièces seront arrivées. Mais puisqu’on peut rouler… Allez, 5 minutes sur la programmation du démarreur et on vous relâche…

5 minutes…

Je vous l’ai dit, ces gars qui bossent dans le camion sont des passionnés. Tout petit ils avaient envie de mettre les mains dedans, d’écouter la mélodie d’un piston qui tourne rond…Ils ont fait mécanique. Et ils sont arrivé là : mécano dans un bel atelier  de réparation poids lourd- au Mans en plus ! -, il y a de quoi se régaler !

Mais voilà que débarque le progrès.

Je m’étais déjà fait la réflexion en voyant mon garagiste – un gars qui s’est formé sur le tas, qui donne l’impression d’avoir fait mécanique parce qu’il avait le sens pratique et pas peur de se salir les mains – batailler avec l’ordinateur fourni par le constructeur. Pas une révision qui ne soit introduite par un : “Ils ont encore changé les programmes, mais paraît que c’est plus simple…” . il branche, il tapote, rebranche… Maintenant si tu veux écouter tourner un moteur, il te faut un D.E.S.S. d’informatique appliquée, pas une clef de 12.

Donc deux ouvriers poussent devant notre engin – on a toujours la remorque accrochée, on est restés devant la porte – un casier à roulette avec l’ordinateur. Ils le branchent sur le moteur, et se connectent sur Internet… “Euh…. Ça devrait être connecté là, non ?…  “Faut voir ces gros doigts noirs pianoter sur le PC portable, les sourcils contractés comme un dos d’haltérophile en démonstration, passant d’un pied sur l’autre comme un gamin à la récitation…  Dans leurs combinaisons bleues pleines de cambouis, ils sont assez cocasses.

L’un est grand et costaud, la bonne quarantaine, ressemblerait à Ronny Coutteure ou Tchernia revu par UIderzo, l’autre petit, trapus, barbu, rond… Ils forment un duo de Walt Disney. Ils s’accrochent, tentent de comprendre ce qui ne marche pas avec l’ordinateur. Mais toujours pas de connexion. On ne s’énerve pas, on essaie encore… Et encore… On demande l’aide du chef en costume, celui des bureaux de vente – doit être versé en informatique celui là. – “Ben oui, là ça devrait marcher. Vous avez bien tapé le code ?”… “8 fois…”

Le chef d’atelier interrompt sa conversation téléphonique pour venir à la rescousse. On reboote… Au moins, là je comprends ce qu’il se passe, je fais ça aussi… Cinq mecs au look viril de mécano penchés sur un petit écran obtus. C’est l’ordi qui a gagné.

On est reparti comme la nuit tombait. Je crois qu’en tout et pour tout, on nous avait changé une lampe de phare.

Le progrès…

Une Réponse à “LE GARAGE”

  1. Sophie a dit

    Chouette encore, ce nouveau post. J’adore ton ciel qui s’éclaircit et ton temps qui se perd (pas tant que ça)…

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