LIQUIDE DANGEREUX

01/18/2010

Bien entendu, la sécurité est l’affaire de tous.

C’est quand même surtout celle des gens compétents. J’ai rencontré des chauffeurs spécialistes des transports dangereux. Et content de l’être. Question pognon sans doute. Citerne, inflammable, chimique, poison ambulant, etc… L’aventure au coin de la rue en somme.

C’est que conduire une citerne, c’est plus compliqué que conduire un caddy dans les allées du supermarché. C’est vrai, on y pense pas, mais dans la citerne, c’est du liquide, et le liquide, il vit sa vie.

Tu donnes un coup de frein par exemple. Le poids lourd s’arrête. Il rechigne un peu, il grince, il couine, tord un peu du cul… Mais avec les ABS et autres trouvailles technologiques, il s’arrête. A cause de l’inertie de la bête, ça peut tout de même prendre quelques dizaines de mètres (respectons les distances)…

Sauf si c’est une citerne, et situation aggravante qu’elle est à moitié vide.

Petit cours sommaire de physique appliquée. La citerne est pleine. Coup de frein, le liquide veut continuer sa route, pas le genre à s’arrêter au doigt et à l’œil. En même temps, pour aller où. Y’a déjà du liquide partout. Il se tasse, ça brasse un peu, mais bon… ça s’arrête dans les limites de la citerne, non sans quelques glouglous râleurs. Le liquide est lourd. Le camion a dû doubler sa distance de freinage. Ouf, c’est pas passé loin.

Expérience numéro 2 : le livreur de gaz a déjà livré chez les Bobins qui se chauffent beaucoup en hiver, et chez les Villon qui viennent de recevoir leur RMI et se paient un peu de chauffage. Dans la citerne, le gaz liquéfié a maintenant ses aises. Dans les virages, il s’amuse à faire quelques vaguelettes, fait le gros dos, teste la sonorité ronde de la citerne, se ballade un peu… Pour calmer ses ardeurs, l’ingénieux ingénieur a pensé à mettre des lamelles métalliques au fond du bassin. Histoire de cloisonner les molécules huileuses. Les garçons d’un côté les filles de l’autres, je sais pas… Mais le liquide n’en a cure. Il saute le mur, rigole quand le camion saute un nid de poule, cascade sur les bords…

Brusquement, le chauffeur est surpris par la route ! Violent coup de frein. C’était ça, ou il emplâtrait la voiture de la poste. Eh ! Arrêts fréquents, vessie susceptible. Le chauffeur serre les dents et presse le pied, la gomme s’étale sur le bitume, le camion fait jouer tout son électronique pour réduire la vitesse et garder son cap, et à l’arrière le gaz liquide pousse des cris de fête foraine. YEHHHHHH !!!!

De la vitesse et de l’espace ! Youpi ! C’est à qui sautera le plus haut sur les bords de la citerne, tous à l’avant, poussez pas au fond, y’en aura pour tout le monde, à l’assaut !!!!

Vous imaginez ? non !? Prenez une bouteille d’eau à moitié vide, donnez lui une brusque accélération, et stoppez là. Zoum… Paf !!! L’accélération elle aime. Elle fonce même. On ne l’arrête plus. Même si on a bloqué la bouteille. Le liquide pousse dans le sens de la flèche, il pulse, s’entasse, pire que les Galfa le premier jour des soldes, il veut continuer sa route et votre main d’absorber le choc… Eh bien, pareil dans la citerne, sauf que c’est fois 10 000.

Le chauffeur a freiné. Expérimenté, il a freiné le plus progressivement possible, mais bon, fallait qu’il s’arrête, s’il ne voulait pas presser le postier (qui entre nous soit dit, n’est plus employé par l’administration mais par une boîte privée… de sens social. Mais c’est une autre histoire.). Le liquide lui n’a pas vu ce qu’il se passait à l’avant et est bien décidé à continuer sa route. Rien à foutre du feu rouge, de Dominique le sanglier ou de la voiture jaune. Il pousse, va se tasser à l’avant de la citerne, vlan, vlan, vlan, par vagues têtues et puissantes… ajoutant quelques gigapascals  sur la cabine qui souffre…

Pareil dans les virages pris trop vite. Le liquide aime pas tourner. Ça lui donne le mal de mer, il paraît. Alors, tête de pioche, si le camion tourne trop vite pour lui, lui continue tout droit… Et déséquilibre l’ensemble. Tiens, encore un camion citerne qui s’est couché sur le bas côté. Quels flémards ces citernes !

On comprend donc que les citernes soient médaillées de losanges rouges.

En Grande Bretagne, on met aussi des triangles rouges sur les charrettes de foin. Pourtant, c’est gentil du foin, c’est sage… Oui, mais ça brûle ! Pas cons ces bretons !

Anecdote bonus : sur les bateaux qui transportent des containers, les triangles rouges, on les met sur le dessus de la pile. Le chimique, l’inflammable, l’agressif pour l’homme et la nature, tout ça, on le met en surface… C’est qu’en cas de méchante tempête, le capitaine ne voudrait pas que tout ça vienne lui pourrir ses soutes. Après faut refaire les peintures, c’est galère. Donc, quand ça remue beaucoup trop, que les containers sont si durement secoués qu’ils risqueraient de s’ouvrir… On jette les dangereux à la baille ! Les marins s’en sortiront indemne. Et quant aux autres, comme disait la prière à Notre Dame de la Garde, qu’ils se démerdent !

Une Réponse à “LIQUIDE DANGEREUX”

  1. Sophie a dit

    Ca alors, je viens d’apprendre plein de choses avec ce post !
    Continue !

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