6 TONNES DE P.Q.
01/18/2010
Bon, ça avait beau être l’heure des préparatifs de Noël, on ne transportait pas que de la merveille à mettre sous la sapin. Il y avait aussi le quotidien, l’incontournable, le trivial. On est donc allé chargé du P.Q.. En masse.
Pour Bruno, le transport de P.Q. est une course régulière, presque toutes les semaines. Du pain quotidien pour les finances de Breger. C’est comme les cercueils, y’en a toujours besoin. Quoique l’actualité nous a récemment tristement montré que les cercueils pouvaient être facultatif…
Donc on arrive au milieu de nulle part. je sais, l’expression est galvaudé, mais quand même, c’était tout près de nulle part, au-delà de coin tranquille. On arrive en voie rapide déserte, la nuit tombe. J’aperçois encore le paysage mollement accidenté. Pas foncièrement plat, pas poétiquement vallonné non plus. Un entre deux que le cerveau ne sait pas où ranger et oublie aussitôt.
On quitte la 4 voies lisse pour une Nationale douteuse. Un rond point pour dire qu’on y a de l’ambition, mais des bas côtés chaotiques et un tracé foireux qui interdit le 90. On traverse une zone vaguement agricole. Quelques vergers, quelques champs, un peu de zone à bâtir. Là non plus, ça n’impressionne pas.
La Nationale ne faisait pas rêver, on l’abandonne pour une départementale au bitume rustique. Une petite voie sur la gauche mène au tri sélectif, mais on l’ignore. De la petite colline devant nous s’échappent deux colonnes de fumée. Sur le ciel gagné par le couchant, j’avoue que ça a une certaine gueule. Nous y voici, l’usine. Une des 2 usines de P.Q. de France. Ça fait rêver. On centralise, on regroupe tout, même le P.Q..
De l’extérieur, rien à signalé. Bâtiment de tôle aveugle bien propre, hauteur raisonnable qui donne à l’ensemble l’impression de s’accrocher au flan de colline. On se dit qu’un architecte y a pensé. Et derrière les 2 cheminées fumantes imposent leur parfum d’industrie ancestrale. A l’horizon, le soleil n’a laissé derrière lui qu’une lueur brûlante dans le ciel de violette.
Putain que le P.Q. peut rendre poétique !
Alors attention, on entre pas comme ça dans une usine aussi performante. Faut montrer pate blanche. Une guérite à la périphérie de la zone grillagée nous arrête. On montre le bon de commande. Le gars vérifie avec la direction… OK. On peut passer. Il faut encore se présenter à l’accueil – bureaux tout blancs boostés au néon, salle de repos pour les livreurs avec table et machine à café, pour les formalités parlez dans l’hygiaphone, y’a du monde derrière la vitre – pour se faire désigner un quai de chargement.
C’est qu’il y a le choix. Rien que là, j’en compte une vingtaine. Et Bruno me dit qu’il lui est arrivé de charger dans une autre régie, situé à 500 mètres de là et qui est à peine plus petite. Le P.Q., en général ça déménage ! Mais là, je sais pas, y a un pandémie de constipation, un truc monstrueux que même Roselyne n’a pas su affronter en face… quoiqu’il en soit, c’est plutôt calme. Du coup tous les départs se font d’ici. Et comme il y a des rouleaux stockés aussi à l’autre régie, ben l’usine paie un gars pour faire la navette toute la journée, et descendre des palettes pour qu’on ait tout le choix en bas. Là, le temps qu’on y était (rapide, moins de 50 minutes, c’est pro, ça débite), je l’ai vu faire 3 ou 4 aller-retours. Et que j’accroche la remorque juste chargée, que je la tracte par la petite route que je connais presque par cœur et qui semble faite seulement pour moi, 600 mètres y compris la manœuvre pour se mettre à cul devant un quai d’en bas. Je dételle. Et pendant que les Fenwick s’agitent à l’intérieur, bip bip, soulèvent et bennent les piles de P.Q. pour les organiser dans le gigantesque entrepôt, ben moi je remonte une remorque vide à l’autre régie où j’en attellerai tout juste remplie… La vie de rêve ! Et juste se rappeler que le mec a dû passer son permis poids lourd pour faire ça !
Donc nous, on se fait charger la remorque. Comme ailleurs, c’est sécurisé. Je fais une brève incursion dans l’entrepôt, mais un des caristes me fait vite remarquer que mes chaussures ne sont pas aux normes – avec coque métallique intégrée – et que je ne peux pas rester là. Il craint quoi !? Qu’un rouleau de P.Q. me tombe sur le pied ?… Là, j’avoue, je fais ma mauvaise tête. La vérité est que je faisais des photos, et que le mec s’est dit qu’interdit ou pas, il valait mieux pas. Il a pris le premier prétexte pour me faire sortir.
J’ai quand même vu à quoi ressemblait un entrepôt de P.Q.. J’ai envie de dire à la paix entre les peuples en simple, double ou triple épaisseur.
C’est vrai, au rayon du supermarché, chacun choisi celui qui sied le mieux à son œil, son portemonnaie, son nez et en tout état de cause, à ses fesses. On se distingue par le motif, on préfère les bulles moelleuses ou la teinte qui fait penser à une aquarelle de Marie Laurencin…
Mais en vérité, quelque soit la gamme, la marque ou la référence, tous nos P.Q. viennent de la même usine. Même qu’à l’intérieur ils sont obligés d’être super rigoureux dans leur organisation :s’agirait pas qu’ils livrent du Papier Leclerc chez Auchan – en vérité, c’est déjà arrivé. Le cariste avait confondu des palettes de P.Q. pastel avec… des palettes de P.Q. pastel – et chaque enseigne a sa zone délimitée dans les hectares d’entrepôt.
Là, je traîne près de l’entrée et je vois des falaises de bébé rose, des piles pantagruéliques de bleu tendre et mauve, des murs de vert printanier et de blanc puristes. Tout ça proprement aligné sur des centaines de mètres. Et les fenwick et les Manitou d’un rouge pétant de glisser tous sens en klaxonnant à qui mieux mieux pour annoncer leur arriver. Un chauffeur en baudrier jaune fluo, debout sur son Manitou déboule à fond au carrefour /Lotus Trèfle, bip bip… L’autre sort de l’allée Leader, Auchan, Renova Green. Bip bip !!! Une autre décharge la remorque : “Et le Lotus Confort, je le mets où ?”…
…
Oh, trop facile !
En quittant l’usine, avec nos 6 tonne de papier hygiénique – c’est l’appellation contrôler. Un bout de papier tout con, fait de restes de papiers mâchonnés, et qui finira salement noyé dans un flux d’eau croupie, le commercial avisé lui a collé le label “hygiénique”. Il y a un terme grammatical pour ça, non ? – Bruno et moi nous disons que si là on partait avec la cargaison, à nous 2 on n’aurait pas assez de vie de merde pour les utiliser. Ça fait rêver !






j’adore ce monde merveilleux, je le ferai lire à Bruno dés qu’il reveins! merci martin à bientot!
Cool ! Tu sais que Bruno est devenu une star chez mes amis lecteurs !?… Et il le mérite !